L’édito de Philippe Crevel – Avril 2022

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Vous avez dit chocs ? Vous avez dit crises ? Et alors !

Résilience et adaptation

Depuis 2008, les crises se succèdent à un rythme soutenu obligeant les entreprises à s’adapter en permanence et à gagner en résilience. La crise des subprimes de 2008 a failli emporter avec elle l’ensemble du système capitaliste, celle des dettes souveraines a mis l’euro en danger, l’épidémie de covid-19 a provoqué une des plus graves récessions mondiales de l’histoire contemporaine, et, maintenant, le conflit en Ukraine met à mal l’économie des États occidentaux.

Au début d’année 2022, l’activité était soutenue au point d’effacer les stigmates de la récession de 2020 provoquée par l’épidémie de covid. Le rebond s’accompagnait déjà de tensions inflationnistes en lien avec l’apparition de plusieurs goulets d’étranglement concernant les matières premières, les biens intermédiaires et la main-d’œuvre. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, en raison de la série de chocs sur l’offre qu’elle provoque, accentue la montée de l’inflation. Les prix des matières premières, des produits agricoles et de l’énergie ainsi que ceux de plusieurs biens intermédiaires, dont les engrais, enregistrent de vives augmentations par crainte de potentielles pénuries. Les sanctions et les menaces d’embargos ainsi que les destructions provoquées par les bombardements génèrent des anticipations de hausses même si, pour le moment, le pétrole comme le gaz continuent à être livrés.

Des conflits en Europe

Pour la première fois depuis 1945, en Europe, un conflit concerne deux États importants, la Russie et l’Ukraine qui sont respectivement les 12e et 19e puissances économiques mondiales. Ces deux pays disposent de positions fortes dans un certain nombre de domaines. L’Ukraine est la 1ère exportatrice mondiale d’huile de tournesol, la 2e pour le colza, la 2e pour les noix et le miel, la 4e pour le maïs, l’orge et le sorgho et la 5e pour le blé. En 2019, l’Ukraine était le 2e plus gros fournisseur de produits « bio » européens. Ce pays est également un important producteur d’engrais et de produits sidérurgiques. La Russie est, de son côté, la 1ère exportatrice de pétrole et de gaz et détient des parts de marché clefs dans les métaux dits « verts » entrant dans le processus de production des énergies renouvelables (cuivre, nickel, palladium, titane, aluminium, etc.). Elle est également exportatrice de produits agricoles comme le blé.

Philippe CrevelSur fond d’importantes liquidités, les pays occidentaux sont confrontés à une inflation sans précédent depuis les années 1980. Celle-ci accroît les coûts des entreprises et érode le pouvoir d’achat des ménages. Il est, en l’état, difficile d’avoir une idée précise sur la durée et l’ampleur de cette vague de hausse des prix. Cette dernière dépend de l’évolution du conflit en Ukraine et celle des salaires. Si les anticipations d’augmentation des prix s’installent, elles pourraient déboucher sur une véritable stagflation. Nul ne le souhaite car elle serait synonyme de montée des tensions sociales. L’inflation joue le rôle d’une taxe indolore complexifiant les relations économiques. Un scénario de normalisation n’est pas inconcevable. A terme, grâce à l’arrivée de nouveaux fournisseurs sachant que la Russie devra également trouver également de nouveaux clients, les prix pourraient se stabiliser. Il n’en demeure pas moins qu’avec la décarbonation de l’économie, le prix de l’énergie devrait rester élevé durant les prochaines années. Les énergies renouvelables, en particulier, par leur caractère aléatoire, supposent la réalisation d’infrastructures importantes. Il faut prévoir des capacités de production abondantes et des possibilités de stockage.

Des solutions en temps de crise

Pour contrecarrer l’augmentation des coûts provoquée tant par la crise ukrainienne que par la transition énergétique, les entreprises ont comme ardente nécessité la réalisation de gains de productivité en maintenant autant que possible leur effort d’investissement. La hausse des taux d’intérêt pourrait-elle contrarier cet effort ? Les banques centrales, afin d’endiguer la vague inflationniste ont annoncé plusieurs relèvements de leurs taux directeurs ce qui devrait se répercuter sur ceux des crédits. Il convient néanmoins de souligner que la hausse des taux demeure faible  au regard de l’inflation. Les taux d’intérêt réels demeurent ainsi en territoires hautement négatifs. L’endettement en période d’inflation permet un effet de levier intéressant surtout si la croissance se maintient. La hausse des prix, à condition de rester mesurée, offre l’avantage de réduire le poids relatif du capital à rembourser.

La crise actuelle exige, comme les précédentes, de la part des dirigeants d’entreprise de faire preuve d’imagination, d’innovation et de réactivité. Elle les contraint à améliorer l’efficience des process de production, à trouver le cas échéant de nouveaux fournisseurs ou clients et à adapter le positionnement de leurs produits ou prestations de services. La montée en gamme, en période d’inflation et d’incertitudes, constitue une priorité afin de pouvoir ajuster plus facilement les prix à la hausse. Une crise qu’elle qu’en soit la nature est, comme toujours, une source d’opportunités et cela d’autant plus que la digitalisation et la transition énergétique rebattent les cartes tant entre les pays qu’en leur sein.

PHILIPPE CREVEL

Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite.
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