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Prêt Garanti par l’Etat : pourquoi les banques peuvent le refuser et comment faire pour optimiser ses chances de l’obtenir?

La crise sanitaire que traverse le monde aura indéniablement des conséquences économiques sur le long terme. Si l’immense majorité des gouvernements a laissé les enjeux économiques de côté au profit de notre santé, et c’est bien le minimum que l’on était en droit d’attendre, pour endiguer la pandémie, ces mêmes gouvernements ont planché simultanément sur les solutions à apporter pour soutenir l’économie. Ainsi simultanément aux mesures sanitaires de nombreuses annonces ont été faites, citons pêle-mêle, et de manière non-exhaustive, le fonds de solidarité, le chômage partiel, le report des échéances bancaires, fiscales et sociales etc et le fameux Prêt Garanti par l’Etat (PGE).

C’est sur celui-ci que je souhaite revenir en tentant de vous expliquer pourquoi il n’est pas si aisé que cela de l’obtenir et comment faire pour optimiser ses chances de le voir accorder par sa banque?

L’Etat a demandé aux banques d’accompagner les entreprises dans leur besoin de trésorerie en mettant en place un dispositif où l’ensemble des prêts accordés serait garanti par l’Etat, ou plutôt par la Banque pour l’Innovation (BPI), à hauteur de 90 % et ce pour une enveloppe de 300 Milliards €. Les banques devant supporter un risque de 10% des crédits accordés et ne peuvent demander de garanties supplémentaires pour couvrir ce risque. Et c’est sur point que les banques sont vigilantes puisqu’elles vont distribuer 30 Milliards € d’encours non garantis. Imaginons que 3% de ces encours n’étaient pas remboursés (ce qui peut sembler beaucoup dans un contexte où habituellement le ratio est plus proche de 1.3% mais, au risque de paraître pessimiste, cette crise que nous traversons aura des conséquences économiques d’un niveau jamais atteint dans l’économie moderne), les groupes bancaires peuvent potentiellement perdre 900 Millions € ! Dans un contexte où leur chiffre d’affaires est déjà chahuté par un environnement de taux bas qui leur est défavorable et par une concurrence effrénée qui pèse un peu sur leur marge (et je ne parle pas des ratios Bâlois qui les contraignent plus encore) les banques sont prudentes, c’est une lapalissade me direz-vous, mais cela peut s’entendre.

La deuxième raison qui peut expliquer un refus est que la banque considère, à tort ou à raison, que l’entreprise qui souhaite bénéficier du PGE était déjà en difficulté avant la crise sanitaire. Il ne s’agit plus alors d’accompagner une entreprise pour des raisons conjoncturelles mais structurelles et le PGE ne répond pas à ce type de besoin. L’objectif est d’accompagner les entreprises considérées comme viables et non celles dont la survie n’était déjà pas certaine dans un contexte économique « normal ». Evidemment rien ne dit qu’un retour in bonis n’était impossible pour ces entreprises et les mettre à l’écart de ce dispositif est, quasiment, synonyme d’une mort annoncée mais les financiers n’ont pas pour habitude de faire dans la philanthropie…

Rappelons également que le dispositif exclut les entreprises les moins bien notées par la Banque de France et celles dont les tribunaux de commerce avaient d’ores et déjà acté les difficultés (redressement judiciaire, plan de sauvegarde etc). Bien que sur ces dernières l’étau semble se desserrer selon les dernières annonces gouvernementales (cliquez ici).

La troisième raison qui peut amener votre banque à vous refuser le PGE est liée à l’analyse de vos bilans comptables et de leurs retraitements financiers. L’essentielle des entreprises ne dispose pas des éléments comptables de 2019 à fournir à leur banque car il est encore trop tôt pour que les experts-comptables aient pu les finaliser, notons au passage leur implication totale depuis le début de cette crise qui renforce leur qualité de partenaire incontournable des entrepreneurs. Inutile de leur demander de les finaliser pour appuyer votre demande de PGE, ils n’ont pas le temps nécessaire pour cela puisque déjà bien occupés à répondre aux nombreuses, et légitimes, sollicitations de leurs clients, à éditer des attestations de chiffre d’affaires 2019, à réaliser des prévisionnels de trésorerie et à se battre avec les portails internet des administrations pour enregistrer les demandes de chômage partiel etc

Dès lors les banques vont devoir étudier votre demande sur la base de votre bilan 2018 et de votre chiffre d’affaires 2019, pour vérifier que votre demande n’excède pas 25 % de celui-ci, sans avoir d’autres points de repère tangibles sinon la connaissance qu’ils ont de votre entreprise et du fonctionnement de vos comptes ouverts en leurs livres.

Inévitablement le calcul de votre capacité d’autofinancement (CAF) et le niveau des capitaux propres (pour ne retenir que deux ratios financiers afin d’éviter un inventaire à la Prévert) de vos entreprises seront confrontés à votre demande et retraités de l’endettement éventuel existant avant l’apparition de ce nouveau besoin. Bien que les pouvoirs publics les incitent à faire preuve de plus souplesse qu’à l’accoutumée dans l’analyse de vos demandes de PGE, difficile de changer des habitudes d’analyse ancrées depuis des décennies alors même que la situation nécessiterait de faire preuve de résilience face à cette crise inédite.

Voici les trois principales raisons que je retiens et qui pourraient expliquer pourquoi votre banque pourrait vous refuser votre PGE et ce malgré les promesses des pouvoirs publics, rappelons qu’elles n’engagent que ceux qui les reçoivent, qui laissaient entendre que la garantie de l’Etat automatiserait l’accord de la banque.

Rassurez-vous cependant tout n’est pas perdu d’avance, vous pouvez encore inverser la tendance et vous voir octroyer cet emprunt qui vous permettra d’envisager l’avenir plus sereinement.

La première étape est de bien calibrer votre besoin, nous avons tous compris qu’elle ne devait pas excéder 25 % de notre chiffre d’affaires 2019 mais cela ne signifie pas qu’elle doit représenter 25 % cela peut être moins. C’est pour cette raison que votre première démarche doit être de réaliser un prévisionnel de trésorerie. La nature de votre activité, votre cycle d’exploitation, vos délais de règlements clients et fournisseurs, et de nombreux autres éléments, font que votre besoin en trésorerie peut être immédiat ou au contraire dans quelques semaines voire quelques mois.

Seul un prévisionnel de trésorerie vous permettra de savoir combien et quand? D’ailleurs l’ensemble des banques s’accorde sur le fait que toute demande de PGE doit être, a minima, appuyée sur ce document. La plus grande difficulté dans cet exercice est de savoir quand vous recommencez à faire du business et donc à facturer normalement vos clients.

Une des premières questions à se poser est : le chiffre d’affaires que je n’ai pas généré en mars et avril, voire mai, est-il reporté ou perdu? 

Pour illustrer mon propos, je vais prendre l’exemple d’un salon de coiffure. Si une grande majorité d’entre nous va s’y rendre dès qu’ils ré ouvriront, il est peu probable que nous y allons 3 fois de suite car nous n’avons pas pu nous y rendre les deux mois précédents, ainsi le mois de mai sera un mois d’intense activité pour nos amis coiffeurs mais le chiffre d’affaires non réalisé les deux mois précédents sera bel et bien perdu.

Au contraire des entreprises du BTP qui auront vu leurs chantiers décalés mais pas forcément annulés, ainsi le chiffre d’affaire des semaines de confinement sera reporté et non annulé. Ensuite il vous faudra lister vos charges fixes, par définition elles sont connues à l’avance, et vos charges variables, qui auront logiquement diminué pendant le confinement (un restaurant fermé pendant deux mois n’aura pas eu à acheter de matières premières). Certaines de vos charges fixes auront cependant été reportées : échéances d’emprunt, charges sociales, loyers etc voire annulées (la crise n’interdit pas de rêver !), tenez en compte dans vos prévisionnels de trésorerie.

Vos experts-comptables, une fois de plus, seront de précieux alliés dans l’établissement de ces documents. Une fois ce document établi vous saurez combien demander, est ce suffisant pour faire votre demande à votre banque? Non, c’est encore trop tôt mais on s’en approche!

Il vous faudra alors confronter votre besoin aux capacités financières de votre entreprise, souvenez-vous la capacité d’autofinancement et vos fonds propres (entre autres), pour vérifier que votre banquier juge votre dossier recevable. Votre expert-comptable pourra vous aider à le vérifier ou bien des experts en financements des entreprises, comme un courtier par exemple. Votre entreprise semble être éligible, c’est le moment de vous assurer que sa note Banque de France ne l’exclut pas du PGE (la note doit être située entre 3 et 5, au delà la demande aura peu de chances d’aboutir). La Banque de France accepte de communiquer la note des entreprises à ses dirigeants sans avoir besoin de s’y rendre, rapprochez vous de votre interlocuteur habituel pour la connaître. Si la note n’est pas celle attendue la Banque de France peut la réétudier, armez vous d’arguments tangibles et l’absence de bilan 2019 serait rédhibitoire pour toute demande de révision.

Par ailleurs, bien que votre banquier soit censé connaître votre activité, agrémentez votre demande de l’historique de votre entreprise et de ses succès passés et à venir.

Rappelez lui vos points différenciant par rapport à vos concurrents, vos expériences passées confortant votre savoir-faire ainsi que tout ce qui semblera nécessaire pour optimiser vos chances d’obtention du prêt.

Enfin, si vous avez plusieurs banques pour votre entreprise il vous faudra demander un PGE en adéquation avec les flux confiés

Je m’explique, si vous avez deux banques est que les flux, votre chiffre d’affaires, sont répartis à 70 % chez l’une et 30 % chez l’autre et bien scindez votre PGE en deux demandes, une banque couvrira 70 % de votre besoin et la seconde 30%.

En effet si le PGE est limité à 25 % de votre chiffre d’affaires 2019, rien ne vous oblige à solliciter une seule de vos banques bien au contraire les banques sont friandes d’un partage de risque et BPI n’y verra pas d’inconvénient non plus.

En conclusion, une demande de PGE se prépare, comme toute demande de financement d’ailleurs, afin que l’étude en soit facilitée et accélérée.

C’est d’autant plus vrai dans le cadre du PGE que vous n’aurez qu’une seule cartouche dans le barillet, en effet ne comptez pas solliciter une autre banque que vos partenaires habituels car aucune n’a vocation à entrer en relation avec un nouveau client sur la base d’un PGE, ne l’oubliez pas ! Une fois l’accord obtenu il sera alors temps de demander votre attestation de Prêt Garanti par l’Etat auprès de BPI (attestation BPI).

Sachez que si malgré tous ces conseils et astuces, vous ne vous sentez pas à l’aise avec la préparation de votre dossier ou que vous souhaitez un conseil, je me propose de vous accompagner gracieusement dans cette démarche, n’hésitez pas à me solliciter en me laissant votre numéro de téléphone via le formulaire de contact.

Bruno CHARRAIRECourtier en financements professionnels et particuliers.

NB : Cet article a pour vocation de vous prévenir des principaux obstacles et freins que vous pourriez rencontrer lors de votre demande de financement. Si toutefois un refus vous était opposé, vous pourrez saisir le médiateur du crédit.

 

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